2 février 2018

Le jardin zoologique écrit en mer

Théodore Koenig, Le jardin zoologique écrit en mer, Montréal, Erta, 1954, s. p. [36 p.] (Coll. de la Tête armée no 3) (Dessins de Conrad Tremblay)

Théodore Koenig a vécu seulement quelques années à Montréal. Il a quand même publié quatre recueils chez Erta, dont un en collaboration avec Roland Giguère. (Voir Les éditions Erta)

C’est un voyage sur le Saint-Laurent qui aurait inspiré Le jardin zoologique écrit en mer. Un Saint-Laurent rêvé, il faut bien le dire, car on ne retrouve rien de près ou de loin qui puisse nous faire voir notre fleuve. À moins que nous n’ayons jamais su voir… 

Ce recueil est d’abord un voyage dans les mots. On pourrait penser à Gauvreau, mais non, rien à voir avec l’exploréen. Koenig compose un bestiaire — le titre et les dessins de Tremblay nous aident à le comprendre — qui donne dans le merveilleux. Rien d’agressif dans le ton, on est plutôt dans la fantaisie et l’humour. Le recueil ne véhicule pas vraiment une vision du monde, peut-être une vision artistique, mais encore.  

Mots inventés, mots-valises, mots dérivés, mots tronqués, jeux de mots, clichés, les mots deviennent des objets qui permettent toutes les dérives. Dès le premier poème du recueil, intitulé « Avertissement de l’auteur », on a droit à « l’oiseau Courvite » au « pupiaire Hyppobosque », au « mollusque Circé », à « l’antilope Sing-Sing », à la « raie Pastenague », au « lézard Sauvegarde ». Drôle de ménagerie, vous l’admettrez. 

Et  le plus souvent, ce sont les associations lexicales et sonores plutôt que le sens qui guident l’avancée du poème. « Ane ou bien cheval / ce nerf tout bouc tout cerf O confrères / ce couvreur couvert / pustules rondes et carrées / fond les dociles chèvres aux douces montagnes de Bièvre » (L’Hicorcerf). Pour peu qu’on accepte le jeu, on parcourt un monde qui n’existe pas, qui a encore moins de consistance que celui des contes merveilleux. Koenig jette les mots sur le papier comme certains peintres le font pour la peinture. Dadaïsme, surréalisme, automatisme, dripping, le recueil de Koenig appartient à cette époque et s’en nourrit.

On a parlé jusqu’ici de l’écriture, mais chaque poème est accompagné d’une illustration de Conrad Tremblay. Et quelles illustrations! Je vois peu de recueils où texte et image soient aussi nécessaires l’un à l’autre. Ils s’interpellent davantage qu’ils se répondent et il y aurait une étude savante à tirer de leurs relations, ce dont je me garderai. Chose sûre, il serait absurde de re-publier ce recueil sans les images de Tremblay. 




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